Depuis 1998, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada a distribué 28,15 milliards de dollars en 670 531 subventions. Derrière ce chiffre se cachent deux visions de la science canadienne : financer tout le monde un peu, ou parier gros sur quelques-uns.
Peu connue du grand public, la subvention Discovery est le pilier du système. En 26 ans, le CRSNG en a accordé 217 468, pour un total de 7,47 milliards de dollars. C'est le programme le plus financé du CRSNG, et de loin : il représente 32 % du financement total pour lequel un programme est identifié.
La subvention Discovery est conçue comme un soutien à la recherche libre. Elle ne vise pas un secteur industriel ni un défi sociétal particulier. Elle finance la curiosité. La moyenne, environ 34 000 $ par subvention, correspond au salaire d'un assistant de recherche pour un an, plus les fournitures. Ce n'est pas une richesse : c'est un droit à continuer à chercher.
Ce modèle de petites sommes largement distribuées tranche avec les tendances des vingt dernières années. Le CRSNG finance aussi, en parallèle, des projets d'une toute autre ampleur.
En 26 ans, le CRSNG a distribué en moyenne 287 millions de dollars par année en subventions Discovery seules. C'est davantage que le budget annuel de recherche de l'Université de Sherbrooke ou de l'Université du Manitoba. Un programme discret, mais structurant pour la totalité du système universitaire canadien.
L'Ontario domine sans surprise : 256 960 subventions totalisant 10,86 milliards de dollars, soit 38 % de tout le financement CRSNG. Le Québec suit avec environ 138 000 subventions et 6,9 milliards (25 %). Ensemble, ces deux provinces captent 63 % du financement total.
La Colombie-Britannique arrive en troisième position avec 3,70 milliards (13 %), l'Alberta avec 2,88 milliards (10 %). Les autres provinces restent loin derrière : la Saskatchewan à 980 millions, la Nouvelle-Écosse à 950 millions, le Manitoba à 660 millions.
Cette concentration reflète en grande partie la capacité de recherche : Toronto, McGill, UBC, Alberta comptent parmi les plus grandes universités de recherche du pays. Mais elle soulève aussi une tension structurelle. Le financement en sciences naturelles renforce les institutions qui ont déjà les ressources pour déposer des demandes compétitives. L'avantage s'accumule.
Depuis les années 2000, le CRSNG a progressivement ajouté des programmes conçus pour financer non plus des centaines de chercheurs, mais quelques projets d'envergure nationale.
Le Fonds d'excellence en recherche Apogée Canada (CFREF) incarne ce virage : 159 subventions seulement, pour un total de 1,03 milliard de dollars. La moyenne dépasse 6,5 millions de dollars par subvention. Le programme vise les « grappes de recherche d'excellence », ces initiatives qui peuvent repositionner une université sur la carte mondiale.
Les Chaires de recherche du Canada représentent 2,07 milliards en 15 870 attributions. Elles financent des chercheurs individuels d'exception, mais à des niveaux bien supérieurs à Discovery. Les subventions Alliance, qui financent la collaboration université-industrie, totalisent 950 millions en 8 600 subventions.
Le graphique ci-dessous positionne chaque programme selon deux axes : le nombre de subventions (largeur) et le financement total. La taille des bulles représente la subvention moyenne. La tension entre le modèle Discovery (nombreux, petits) et le modèle CFREF (rares, immenses) devient immédiatement lisible.
En 1998, le CRSNG distribuait 476 millions de dollars. En 2024, le montant a atteint 1,37 milliard. Le budget a pratiquement triplé en termes nominaux sur la période.
La courbe ne progresse pas uniformément. Une première accélération se produit dans les années 2000-2009, lorsque le Canada investit massivement dans l'infrastructure de recherche. Après 2012, la croissance marque une pause, voire un léger recul. Puis, à partir de 2016, le rythme reprend : 1,14 milliard en 2016, 1,27 milliard en 2018, jusqu'au sommet de 2020 avec 1,425 milliard.
L'année 2020 est marquée par les programmes d'urgence liés à la pandémie. Le financement recule ensuite en 2021 et 2022 avant de reprendre en 2024. La science canadienne ne progresse pas à l'abri des cycles politiques.
Le CRSNG finance deux Canada scientifiques en parallèle : l'un fait de milliers de chercheurs recevant de petites subventions Discovery pour explorer librement ; l'autre fait de quelques grandes institutions recevant des centaines de millions pour des projets d'excellence. Les deux approches coexistent, mais la balance penche de plus en plus vers les grands paris. De 476 millions en 1998 à 1,37 milliard en 2024, le budget a presque triplé. La question n'est pas combien, mais comment cet argent est distribué.
Cette analyse couvre les subventions du CRSNG (Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada) disponibles via l'API GrantData. Les données s'étendent de 1998 à 2024.
award_amount) par année fiscale.Vous pouvez reproduire et prolonger cette analyse via l'API GrantData.
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