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CRSNG : les subventions Discovery varient selon la discipline

Une subvention en mathématiques vaut en moyenne 22 000 $. En physique subatomique, elle dépasse 148 000 $. Le même organisme, les mêmes critères d’évaluation, un écart de près de 7 fois. Ce clivage n’est pas le signe d’une injustice ; c’est la structure inhérente du coût de la science.

Le paysage : 670 000 subventions, 4,4 G$ Discovery

Depuis 1998, le CRSNG a distribué 670 532 subventions tous programmes confondus. La subvention Discovery en représente le coeur : de 2010 à 2022, ce seul programme a versé 4,4 milliards de dollars à plus de 114 000 chercheurs répartis en 13 comités disciplinaires, couvrant tout le spectre des sciences naturelles et du génie.

Ces comités ne sont pas de simples catégories administratives. Ils définissent les pairs qui évaluent les demandes, les normes de mérite qui s’appliquent, et implicitement, le montant qui est jugé raisonnable pour financer un programme de recherche. Un physicien subatomique et un mathématicien déposent tous deux une demande Discovery, mais ils arrivent dans des univers différents.

Le programme Discovery n’a pas de montant fixe par discipline. Le CRSNG évalue la qualité scientifique et les besoins en ressources. Ce sont ces besoins, reflet du coût matériel de la discipline, qui creusent l’écart de près de 7 fois entre la physique des particules et les mathématiques.

L’écart : du simple au sextuple

Le dot plot ci-dessous positionne chaque discipline selon sa subvention moyenne. La physique subatomique culmine à 147 925 $ par subvention. Les mathématiques et statistiques ferment la marche à 21 866 $. Entre les deux, un continuum qui révèle les logiques propres à chaque domaine.

La chimie (54 339 $) et les géosciences (36 316 $) se situent au milieu du spectre. Les sciences de l’ingénierie (génie mécanique, génie électrique, génie civil) gravitent entre 30 000 $ et 37 000 $. L’informatique, malgré son économie numérique florissante, ne reçoit en moyenne que 31 735 $ par chercheur, près du bas de l’échelle.

Subvention moyenne par comité disciplinaire (2010-2022)
0 $ 35 K$ 70 K$ 105 K$ 141 K$
Un point par comité disciplinaire, positionné sur la subvention Discovery moyenne. Couleur : sciences de la vie (vert), ingénierie (bleu), physique/chimie (violet), mathématiques et informatique (orange). Source : base de données GrantData, données CRSNG 2010-2022.

La logique de cet écart tient à une réalité simple : la physique subatomique nécessite des accélérateurs de particules, des détecteurs spécialisés, des missions au CERN ou au SNOLAB. Ces coûts d’infrastructure se reflètent directement dans les budgets demandés, puis attribués. Un mathématicien a besoin d’un ordinateur, d’une bibliothèque et de temps. La différence de traitement n’est pas arbitraire : elle traduit une différence fondamentale dans ce que produit la science.

Volume contre valeur : deux archétypes

La biologie est la discipline la plus financée en termes de volume : Biological Systems and Functions totalise 635 M$ sur la période, devant Genes, Cells and Molecules (582 M$). Ces deux comités cumulent plus de 30 000 subventions entre 2010 et 2022. La physique subatomique, avec 4 057 subventions et 573 M$, approche le même total avec quatre fois moins de bénéficiaires.

Ces deux archétypes correspondent à deux visions du financement scientifique. Le modèle vie-sciences distribue largement : chaque chercheur en biologie cellulaire reçoit un soutien modeste, mais le programme touche un écosystème vaste. La physique des hautes énergies concentre : quelques dizaines d’équipes reçoivent des montants substantiels pour des projets aux coûts incompressibles.

En ingénierie, le génie mécanique se distingue par le volume de ses subventions : avec 7 275 subventions, le génie mécanique se situe derrière le génie civil (9 625) et le génie électrique (8 652), confirmant le poids du secteur manufacturier dans la recherche appliquée canadienne.

Les mathématiques et l’informatique se retrouvent dans une troisième position, inconfortable : ni le volume des sciences de la vie, ni la taille des subventions en physique. L’informatique compte 11 040 subventions pour 348 M$, les mathématiques 9 630 subventions pour 211 M$. Ce sont des disciplines à forte demande, mais qui reçoivent proportionnellement moins par chercheur que la physique ou les sciences de la vie.

L’évolution 2010-2022 : qui gagne, qui perd

La carte thermique ci-dessous montre le financement annuel de chaque discipline de 2010 à 2022. Les années 2023-2024 sont exclues en raison d’un délai de publication dans la base de données CRSNG : les données les plus récentes étant encore incomplètes au moment de cette analyse.

Financement annuel par discipline (M$, 2010-2022)
Intensité de la couleur proportionnelle au financement annuel en M$ par comité. Lignes en ordre décroissant de financement total. Source : base de données GrantData, données CRSNG 2010-2022. Données 2010-2022 uniquement. Les totaux historiques par discipline incluent les années antérieures à 2010.

La physique subatomique affiche une croissance notable entre 2016 et 2020, période qui coïncide avec des investissements pancanadiens dans la physique fondamentale. Les sciences de la vie maintiennent un financement stable et élevé tout au long de la période. Les disciplines d’ingénierie progressent graduellement, reflet de la priorité accordée à la recherche appliquée.

Le graphique de rang ci-dessous compare les huit principales disciplines sur deux fenêtres quinquennales : 2010-2014 contre 2018-2022. Un glissement vers le haut signifie que la discipline a gagné en part de financement (un rang inférieur étant meilleur).

Rang des disciplines : 2010-2014 vs 2018-2022 (financement total)
Chaque ligne relie le rang d’une discipline entre les deux périodes. Un glissement vers le haut signifie une progression en part du gâteau. Source : base de données GrantData, données CRSNG 2010-2022.

Le CRSNG ne finance pas la science abstraite : il finance le coût matériel de chaque discipline. La physique subatomique obtient 148 000 $ en moyenne parce que ses expériences le nécessitent. Les mathématiques obtiennent 22 000 $ parce que le crayon et la réflexion ne coûtent pas de détecteurs. Ce système est cohérent, mais il laisse les mathématiques et l’informatique structurellement sous-capitalisées par rapport à leur valeur économique réelle. L’écart de près de 7 fois entre les deux extrêmes ne reflète pas 7 fois moins de valeur scientifique produite.

Méthodologie

Cette analyse couvre les subventions Discovery du CRSNG disponibles via l’API GrantData. Les données s’étendent de 2010 à 2022.

  • Seules les subventions avec entity_type = research_grant sont incluses.
  • Les comités identifiés comme Chaires de recherche du Canada (CRC) ou Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada (CFREF) sont exclus pour isoler les Discovery.
  • Les années 2023-2024 sont exclues de l’analyse par discipline en raison d’un délai de publication : les données sont encore incomplètes.
  • Les subventions moyennes sont calculées en divisant le total attribué par le nombre de subventions du comité.
  • La carte thermique et le graphique de rang utilisent le financement total par année fiscale.

Vous pouvez reproduire et prolonger cette analyse via l’API GrantData.

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