L'Île-du-Prince-Édouard reçoit neuf fois plus par habitant que l'Ontario. La Saskatchewan et le Manitoba captent davantage que leur poids démographique. Les montants bruts masquent l'essentiel. Qui reçoit quoi, et pourquoi?
Nous avons analysé 1 236 054 subventions et contributions du gouvernement du Canada, réparties par province, par ministère et par agence de développement régional. La distribution géographique des transferts fédéraux révèle un pays à plusieurs vitesses, où les flux ne suivent ni la population, ni le PIB, mais une logique politique et institutionnelle propre à chaque ministère.
L'Ontario domine en valeur absolue : 365 683 subventions totalisant 131 milliards de dollars. Le Québec suit avec 226 325 subventions et 50 milliards. Puis la Colombie-Britannique (27,7 G$), l'Alberta (20,4 G$), la Saskatchewan (9,8 G$) et le Manitoba (8,5 G$). Les trois territoires, malgré des populations minuscules, totalisent 6,7 milliards.
Mais les montants bruts masquent l'essentiel. Car près de la moitié des subventions vont à deux provinces (Ontario et Québec totalisent 47 % du nombre), alors que l'argent par habitant raconte une tout autre histoire.
Normalisées par habitant, les données dessinent un tout autre portrait. L'Île-du-Prince-Édouard, la plus petite province du pays, reçoit environ 14 700 $ par habitant en subventions fédérales cumulées depuis 1989. Terre-Neuve suit à 8 600 $, la Saskatchewan à 8 200 $.
L'Ontario, qui capte 29 % des subventions en nombre absolu, se retrouve à environ 8 200 $ par habitant. Le Québec, avec 18 % des subventions, tombe à 5 600 $. Les deux provinces les plus populeuses du pays sont les moins bien servies par habitant.
Ce n'est pas un accident. Le système fédéral canadien a été conçu pour compenser les déséquilibres régionaux. Les subventions, contrairement à la péréquation, ne sont pas formellement redistributives. Mais le résultat net l'est.
L'Île-du-Prince-Édouard reçoit près du double par habitant par rapport à l'Ontario. Avec 170 000 habitants et 2,5 milliards en subventions cumulées, l'ÎPE est l'illustration la plus nette de l'asymétrie fédérale canadienne.
Chaque ministère fédéral a sa propre géographie. En dollars dédupliqués (dernière version de chaque accord), les contrastes sont saisissants. ISDE concentre 77 % de ses fonds en Ontario, porté par les subventions automobiles et le Fonds stratégique pour l'innovation. EDSC y dirige 53 %. Patrimoine canadien : 51 %.
Transport Canada partage ses fonds entre le Québec (30 %), l'Ontario (29 %) et la Colombie-Britannique (22 %). Le CRSH révèle une surreprésentation atlantique : la Nouvelle-Écosse capte 12 % des fonds (pour 2,6 % de la population), Terre-Neuve 9 %.
Le tableau ci-dessous croise les 8 principaux ministères avec les 10 provinces. Chaque cellule montre la part des dollars de chaque ministère dans chaque province.
Le Canada dispose de huit agences de développement régional, mécanismes explicites de rééquilibrage territorial. Ensemble, elles ont distribué 71 443 subventions.
Mais la machine elle-même est inégale. L'APECA (Agence de promotion économique du Canada atlantique) domine avec 29 979 subventions, soit 42 % du total des agences. DEC Québec suit avec 16 026. L'ancienne DEO (Diversification de l'économie de l'Ouest) en compte 14 556.
En revanche, les agences créées en 2021, PrairiesCan (2 107) et PacDev (795), restent marginales. FedNor en Ontario (1 309) n'a jamais eu le poids de FedDev Southern Ontario (4 758). CanNor pour le Nord (1 913) distribue moins de subventions que l'ÎPE seule n'en reçoit.
L'Ontario capte 29,2 % des subventions, mais représente 38,7 % de la population canadienne. Le Québec : 18,1 % des subventions pour 21,8 % de la population. Les deux plus grandes provinces sont sous-représentées par rapport à leur poids démographique.
À l'inverse, la Saskatchewan (4,5 % des subventions, 2,9 % de la population), le Manitoba (4,5 % vs 3,4 %), la Nouvelle-Écosse (4,1 % vs 2,6 %) et Terre-Neuve (2,8 % vs 1,3 %) captent toutes davantage que leur part démographique. L'ÎPE (1,1 % des subventions pour 0,4 % de la population) est le cas le plus extrême.
Le graphique ci-dessous place chaque province au centre. À gauche, sa part de la population nationale. À droite, sa part des subventions fédérales. Quand la barre droite dépasse la barre gauche, la province est surreprésentée.
Le fédéralisme fiscal canadien, vu à travers 1,2 million de subventions, n'est ni égalitaire ni proportionnel. Il est intentionnellement asymétrique. Les petites provinces reçoivent plus par habitant. Les agences régionales sont elles-mêmes inégalement dotées. Et chaque ministère trace sa propre carte du Canada.
Cette analyse couvre les subventions et contributions fédérales issues des données ouvertes de paiements de transfert du gouvernement du Canada, consultées via l'API GrantData. Elle ne comprend ni le financement provincial, ni les contrats d'industrie, ni les revenus de recherche institutionnels.
Toutes les données proviennent de sources publiques du gouvernement du Canada. Vous pouvez reproduire et prolonger cette analyse en utilisant l'API GrantData.
Explorez la répartition régionale des subventions fédérales canadiennes. Interrogez par province, ministère, année ou montant. Chaque chiffre de cet article provient d'appels API que vous pouvez reproduire.
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